Augmenter les capacités d’organisation des élèves semble leur permettre de progresser dans les connaissances et les compétences. Organiser ses affaires, organiser ses informations, organiser son langage, organiser ses actions, etc.

L’organisation repose sur trois notions de base : trier, classer, ranger. Il s’agit de faire des choix, d’anticiper et de nommer des catégories qui se construisent, comme par exemple les noms communs, les sujets, les nombres premiers, les eucaryotes, les liquides miscibles, etc…

En faisant des choix pour s’organiser dans un système, deux attitudes sont possibles :

  • Ajouter des informations, ou des catégories, ou des actions, ou des relations, ou des processus, etc
  • Soustraire des actions, ou des processus, ou des catégories, etc.

Dans le cas de l’addition, on augmente la complexité d’un système, ainsi que les risques d’erreurs. Dans la cas de la soustraction, on minimise les erreurs qui risquent de bloquer le système et le rendre encore plus complexe.

Le mouvement agile, avec son Manisfeste Agile, permet d’être dans une attitude soustractive et ainsi de trouver des solutions dans un système complexe.

Il existe divers moyens, méthodes ou outils pour apprendre à s’organiser. Permettre de varier les expérimentations afin de découvrir des patterns fait partie des stratégies pédagogiques pour augmenter sa compétence d’obervation. Les activités en groupe sont proprices aux échanges donc à l’augmentation des expériences.

Les activités en groupe quand on est un(e) élève de collège sont difficiles. On ne veut pas être avec tel ou telle élève car il a des lunettes, car elle parle trop, car il a une couleur de peau qui dérange, car il ne travaille pas, car elle est bizarre, car mes parents ne veulent pas que je lui parle, etc.

Je me souviens qu’en 02010, lorsque j’ai commencé à mettre en place les activités en petits groupes, les élèves ne parlaient pas forcément entre eux de l’activité à faire. Je devais être constamment sur le qui-vive pour vérifier qu’ils travaillaient. De plus s’il fallait prendre une décision, le groupe choisissait très souvent une erreur, les élèves étant influencés par l’élève qui avait le plus de charisme.

C’est la raison pour laquelle je ne pouvais pas faire confiance aux groupes en les laissant seuls, sans contrôle. Or le contrôle empêche les prises d’initiative et l’apprentissage. Mais l’absence de contrôle empêche également la progression dans les apprentissages.

Puis en 02012, j’ai découvert’le lean, l’agilité et le kanban, c’est à dire des systèmes et des méthodes employant un style de communication transparente et explicite. C’est ainsi que, à la place du contrôle, j’ai découvert la notion de cadre.

Créer un cadre, ou des cadres, en pédagogie, permet de placer des limites à l’intérieur desquelles les élèves pourront agir en toute liberté. Ce kanban favorise les interactions et la coopération entre, d’une part, les élèves entre-eux mais également entre chaque élève et l’enseignant.

Le panneau kanban Educaryote est un cadre minimaliste permettant aux élèves un espace de liberté pour expérimenter sans risque.

Le panneau kanban

Tout d’abord, le groupe-classe est divisé en 6 groupes.

Chaque groupe de 4 ou 5 élèves est encadré par un panneau kanban. Ce kanban est un cadre, ou une zone de totale liberté, à l’intérieur duquel les élèves vont pouvoir réaliser des expérimentations en toute liberté. Les flux d’informations sont représentés par des post-it.

Avec le kanban, je n’ai plus un rôle de contrôle, mais une position d’observateur, d’accompagnant, bref, de pédagogue.

Un groupe de 4 élèves et son panneau kanban

Le but des activités en petits groupes n’a pas pour tâche unique d’apprendre les notions du programme. Cette manière de procéder a pour but d’apprendre à communiquer à l’oral, de découvrir et/ou défendre des valeurs, de se confronter à d’autres opinions, de découvrir d’autres individus, et d’apprendre à s’organiser.

Le socle précise dans le domaine 3 : « Il (l’élève) respecte les opinions et la liberté d’autrui, identifie et rejette toute forme d’intimidation ou d’emprise. Apprenant à mettre à distance préjugés et stéréotypes, il est capable d’apprécier les personnes qui sont différentes de lui et de vivre avec elles. Il est capable aussi de faire preuve d’empathie et de bienveillance.« 

Le but prioritaire du panneau est de ralentir le flux d’informations et d’augmenter les discussions au sein du petit groupe sur un seul sujet. Un post-it représente une seule tâche dans laquelle le nombre de concept sera limité.

Le kanban a une double fonction :

  • Pour les élèves, il leur permet de savoir quelles sont les différentes activités qu’ils doivent réaliser. De cette manière, ils apprennent à créer les tâches les plus petites possible, à s’organiser, et à prioriser.
  • Pour moi, il me permet de suivre l’avancée de chaque groupe et d’accompagner chaque élève.

L’architecture du panneau kanban Educaryote

Le panneau Educaryote regroupe plusieurs rubriques.

  • En haut le prénom de chaque élève.
  • En bas du panneau, une case pour indiquer les obstables, une seconde pour inscrire les erreurs commises pendant chaque expérimentation. Enfin j’ajoute un grand post-it pour inscrire les actions ou réponses positives réalisées par le groupe.
  • Entre ces rubriques, les 4 colonnes du kanban :
  1. Les activités prévues
  2. Les tâches à faire
  3. La tâche en train d’être réalisée
  4. Les tâches terminées
Le panneau kanban Educaryote

L’activité est découpée en plusieurs petites tâches réalisables. Une tâche doit pouvoir être réalisable en moins d’une heure. Il peut donc être possible pour le groupe de faire une, deux ou trois tâches en une séance.

Une tâche peut être l’écriture d’une phrase ou la réponse à une question ou encore de conjuguer un verbe. Plus la tâche est petite, plus les feedbacks arriveront rapidement. Plus la tâche est petite, plus on parvient à écarter l’accumulation d’erreurs.

En effet, le panneau va pouvoir révéler les erreurs. Une erreur est une ambiguïté, et une connaissance est l’élimination d’une ambiguïté.

Dans la colonne « en train de faire », chaque action est encadrée par un test. Les élèves travaillent sans moi pendant les 3 premiers tests.

Comme un programmeur informatique, les élèves testent leur « code » c’est-à-dire les mots et phrases qu’ils ont utilisés pour exprimer leur pensée en fonction du problème à résoudre.

La question primordiale est : Le langage utilisé parviendra-t-il à résoudre le problème ?

Résoudre un problème c’est faire preuve de créativité. Le domaine 5 du socle précise : « l’élève mobilise son imagination et sa créativité au service d’un projet personnel ou collectif. Il développe son jugement, son goût, sa sensibilité, ses émotions esthétiques« .

Répondre seul(e)

En premier lieu, dans la colonne « en train de faire », tous les élèves d’un même groupe expérimentent seuls sur la même tâche. Ils écrivent leurs réponses dans le JourdEx, le Journal d’Expériences.

Trois règles doivent être respectées :

  • Tous les élèves d’un groupe font la même tâche.
  • On ne peut pas faire deux tâches en même temps.
  • Pour commencer une nouvelle tâche, il faut avoir terminé la tâche en cours.

Chaque élève essaie de répondre avec des hypothèses. Ici le raisonnement est abductif. La réponse est une possibilité. Chacun utilise son propre vocabulaire et ses propres hypothèses, même si, comme souvent, certains me disent « je ne comprends pas la question« . Dans cette situation, les quatre élèves du groupe ne peuvent pas communiquer entre eux, même s’ils sont souvent tentés de le faire. Ils ne peuvent pas non plus me poser de questions.

Le but ici est d’émettre une hypothèse, d’accepter de se tromper, de prendre conscience qu’on peut avoir confiance en soi dans une situation d’incertitude.

Si au début de l’année les erreurs sont fréquentes à cause d’un état de timidité trop élevé, au fil des mois les élèves développent une confiance en eux plus solide. Grâce à leurs tâtonnements successifs, les élèves seront plus attentifs lorsque j’interviendrai pour le dernier test.

Première action : répondre seul(e)

Le test écriture

Dès que chacun a écrit sa réponse, commence alors les activités en duo.

Le but alors est de corriger les erreurs d’orthographe et de grammaire sans s’occuper de la réponse donnée. C’est une activité primordiale, indiquée par le domaine 1 du socle qui précise : « Il (l’élève) utilise à bon escient les principales règles grammaticales et orthographiques« .

Cette activité ne doit en aucun cas être négligée.

deuxième action : tester son écriture

Coopérer et comparer

Une fois cette activité terminée, les élèves comparent leur réponse. Ils ont le choix. Soit ils font une réponse commune, soit chacun conserve sa réponse en ajoutant des informations recopiées sur la réponse des autres élèves du groupe.

Le socle commun précise dans le domaine 1 : »L’élève parle, communique, argumente à l’oral de façon claire et organisée ; il adapte son niveau de langue et son discours à la situation, il écoute et prend en compte ses interlocuteurs.« 

Troisième action : tester sa réponse

Le test ultime et la mise en valeur des erreurs

Enfin lorsqu’ils sont prêts à tester leur réponse, il active une petite sonnette pour m’avertir qu’ils sont prêts pour le dernier test. J’observe en premier lieu les erreurs d’orthographe et de grammaire et lorsqu’il y en a, c’est souvent le cas, je replace le post-it sur la case « test orthographe ».

Si je vois pas d’erreurs, nous discutons de leur réponse. Je peux alors faire un mini cours à 4 élèves attentifs.

dernière action : tester la réponse commune par le professeur

Les erreurs sont recopiées sur un post-it. Elles seront visibles par tout le groupe, ou par toute la classe, pendant la durée de l’activité. Ensuite, cette erreur sera déposée sur un panneau affiché dans la classe. Il est capital de mettre concrètement en place des espaces visibles pour que les erreurs soient considérées comme faisant partie du processus d’apprentissage. Supprimer les erreurs, c’est supprimer l’apprentissage. Et supprimer l’apprentissage, c’est supprimer la confiance en soi, la curiosité, la créativité.

L’avantage du panneau kanban

Le panneau permet aux élèves de se responsabiliser, de travailler en autonomie et de coopérer.

Ils entrent dans la salle de cours sans se mettre préalablement en rang dans le couloir, ils me disent bonjour, déplacent les tables pour former leur groupe. Ils s’asseoient, pendant que l’élève-responsable, le « postiteur ou la postitrice », affiche le panneau Educaryote. Lorsque tout est place, ils commencent à travailler la tâche choisie.

Après le mois d’avril 02021 pendant lequel les élèves ont été absents pendant un mois, à leur retour au mois de mai ils ont continué la tâche qu’ils étaient en train de faire début avril.

Chaque groupe avance à son rythme et dans chaque groupe, chaque élève avance à son rythme.

Grâce aux différents tests, aucun élève n’est laissé de côté, sauf cas très particulier d’enfant en grande difficulté personnelle, soit un ou deux élèves par classe. Cependant même ceux ou celles qui ne veulent rien faire sont obligé(e)s de recopier les réponses du groupe sinon le groupe ne peut pas avancer.

Le panneau est à la fois une méthode et un outil.

Le socle précise dans le domaine 2 : « La maîtrise des méthodes et outils pour apprendre développe l’autonomie et les capacités d’initiative ; elle favorise l’implication dans le travail commun, l’entraide et la coopération. »

D’une manière générale, les tâches sont des itérations. La répétition d’un concept ou d’un processus permet de faire émerger des compétences : savoir répondre à une question, savoir reconnaitre un verbe d’état, savoir trier les classes de mots, savoir différencier les modes, savoir décrire, etc.

En somme il s’agit pour chaque élève, de manière régulière, de formuler des hypothèses et de les confronter avec celles des autres élèves.

Le socle commun précise dans le domaine 4 : « L’élève organise et traite l’information utile ; il formule des hypothèses, les teste et les éprouve ; il manipule, explore plusieurs pistes, procède par essais et erreurs ; il modélise pour représenter une situation ; il analyse, argumente, mène différents types de raisonnements (par analogie, déduction logique…) ; il rend compte de sa démarche. Il exploite et communique les résultats de mesures ou de recherches en utilisant les langages scientifiques à bon escient.« 

De mon côté, ce kanban me permet de me concentrer sur des activités pédagogiques précises : aider un élève en particulier, accentuer un élément du programme, recueillir des informations sur un élève, etc.

Le but du panneau kanban Educaryote est d’accompagner les élèves dans la réalisation des 5 domaines du socle commun. Je constate que, depuis plusieurs années, il réussit parfaitement à tenir ce rôle.

2 commentaires sur « Le panneau kanban Educaryote »

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