EdUCARYOTE : apprendre du vivant et respecter le vivant

Ayant débuté une prise de conscience majeure en 2009 à la suite de la publication du socle commun des compétences, je commence maintenant à avoir une vision de plus en plus précise de mon cheminement dans l’enseignement. Je progresse lentement : j’ai besoin d’être certain de ne pas créer trop de dégâts pour les élèves dès que je veux expérimenter. J’avance donc par petits pas.

La découverte de la philosophie agile aura été un accélérateur dans la structuration de mon enseignement. Les rencontres et les échanges par la suite avec des programmeurs, des ingénieurs et des agilistes, véritables praticiens spécialistes de l’apprentissage, m’ont permis des prises de consciences radicales.

Constructivisme, cybernétique et systémique.

Un constat m’apparait clairement : parce que la construction des informations par les élèves est au centre du système éducatif, enseigner est une profession qui se situe entre le complexe et le chaotique. Pour accompagner les élèves dans une amélioration de leurs connaissances, il est ainsi primordial de comprendre les mécanismes physiques, biologiques, humains qui participent aux processus d’apprentissages. Il est tout autant primordial de comprendre que la pédagogie est un exercice particulièrement difficile et délicat demandant une grande rigueur et de vastes connaissances. En effet, l’unique transmission des savoirs est une fausse piste pour enseigner et pour aider chaque enfant à progresser.

J’ai conscience de mes limites : le nombre de livres et d’articles à lire, de conférences à regarder, par jour, par semaine ou par mois ne peut dépasser un certain seuil. Je ne dois donc pas gaspiller mon temps, ni mes lectures : trouver les moyens d’aller à l’essentiel, et cependant, malgré tout, accepter aussi de me fourvoyer. Lire la suite

Sur le chemin du lean : amélioration continue et développement des personnes

Ce mercredi matin. Une classe de 5e, des enfants de 12 et 13 ans. 5 absents.

Le sprint de 8 heures de leur troisième période d’expérimentations inspirée de scrum-kanban-xp vient de se terminer. Il est temps de se consacrer à un bilan, une rétrospective réflexive. Après avoir écrit leurs « compliments, remerciements ou bravo » sur leurs coeurtes, ils indiquent, sans concertation avec les autres élèves du groupe, leurs points positifs et leurs points négatifs :

  • Qu’est-ce qu’ils ont amélioré ?
  • Qu’est-ce qu’ils doivent encore améliorer ?

10 minutes de réflexion, puis je relève leurs réponses pour faire un bilan.

Leurs réponses :

Pour la première fois, je suis étonné, plutôt agréablement surpris, par la variété et la précision de leurs réponses. Elles englobent des savoirs disciplinaires, des compétences scolaires et des soft skills.

Les réponses des élèves et leurs prises de conscience n’entrainent pas la création d’un contrat, ni d’engagement signé. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de créer un contrôle à ce stade de l’apprentissage.

Les outils frugaux mis en place sur le panneau ont apparemment porté leurs fruits : des outils pour communiquer (les individus et leurs interactions), pour contrôler (la collaboration élèves-professeur) et pour provoquer des feedback (une réponse au changement).

Les progrès de chaque élève ne se mesurent pas avec une note. C’est la question qui m’est souvent posée : « Est-ce qu’ils ont de meilleures notes avec votre méthode ? » Ma réponse est toujours la  même : « ils n’ont pas de meilleures notes. Ils pourraient éventuellement avoir de meilleures notes si l’ensemble de l’établissement devenait une structure apprenante. Et ce n’est pas une méthode. »

Je crois pouvoir dire maintenant que les progrès de chacun se mesurent avec les prises de conscience variées et précises mentionnées plus haut, avec la variété des créations, avec un bien être intime et parfois inexprimable, avec une qualité de flow incalculable. Il est important de souligner que tous les élèves ont des qualités, et ces qualités humaines ne sont pas mesurables par des chiffres.

AMÉLIORER LES PRISES DE CONSCIENCE

Avec ce début de prise de conscience pour les élèves, une prise de conscience pour moi. Il me semble que je commence à être sur le chemin du lean :

  • la satisfaction du client : ils sont clients alors je leur propose une formation au plus près de leur demande / je suis client alors ils me fournissent des améliorations au plus près de mes attentes.
  • l’élimination des gaspillages : avec un flux tiré des informations, ils se concentrent sur ce qui est important pour eux en ne perdant pas de temps sur des activités inutiles / avec un flux tiré des informations, je me concentre sur la pérennisation des valeurs de ma mission.
  • le développement des personnes : privilégier le bien être de chaque enfant par la confiance reliée à la vigilance / privilégier le bien être de chaque élève par la bienveillance reliée à l’exigence / privilégier mon bien être par l’autonomie reliée à la responsabilisation.

Si je ne me trompe pas, si je suis bien sur le point départ d’un cheminement vers le lean, je pense être prêt pour septembre prochain.

Apprendre la gratitude et l’empathie avec des Coeurtes

Dans une établissement scolaire, nous ne produisons rien. La priorité n’est pas le transfert d’énergie ou la création de matériels ou de services. Le but est de permettre à chaque enfant de transformer des messages en informations. Ce sont ces transformations, ainsi que les expérimentations qui en découlent, qui permettent la possibilité de développements cognitifs. Ces développements entrainent, si possible, pour les enfants de meilleurs capacités de compréhension du monde qui les entoure et ainsi de meilleures possibilités de pouvoir répondre aux changements.

Expliquer ce qu’est enseigner semble impossible. Enseigner et apprendre sont des processus complexes et chaotiques où les solutions n’existent que dans l’instant. Enseigner et apprendre sont intimement liés au contexte ou à l’environnement et à l’individu ou à ses capacités sensorielles, émotionnelles, cognitives. Enseigner et apprendre sont des actes intimes, le résultat d’interactions entre des individus. Lire la suite

Enseignement et Spirale Dynamique

En 2008, j’effectuais une formation en Spirale Dynamique avec Patricia et Fabien Chabreuil. Peu après cette formation, avec Fabien Chabreuil nous avons élaboré un document de réflexion pour accompagner les enseignants à comprendre les enfants avec plus de finesse et à faire ainsi émerger une démarche de bienveillance.

Ce modèle de Clare Graves, professeur de psychologie Américain, présentant la complexité humaine, permet également de comprendre l’émergence d’organisations auto-organisées présentées par Frédéric Laloux dans ce livre Reinventing Organizations et dans cette conférence.

Presque dix après après avoir réfléchi sur ce modèle d’enseignement encadré par la Spirale Dynamique, je me rends compte que j’applique toujours ce que nous avions écrit, même s’il faudrait modifier quelques éléments. Je pense que c’est de cette manière que j’ai pu jusqu’à maintenant pratiquer mon métier avec sérénité, en rejetant toute forme de punitions ou d’exclusions.

Cette réflexion annonçait déjà le management Agile que j’allais découvrir en 2012. Lire la suite