A propos des cartes du kanban

A travers la Pédagogie Agile et le management, il est primordial de se soucier constamment de l’estime de soi de chaque apprenant. Grâce à une empathie énoncée par Carl Rogers, aucun d’entre eux ne devrait être délaissé ou pénalisé ou puni ou moqué, sinon c’est le groupe de 4/5 élèves qui sera pénalisé. Un des buts de chaque séance de formation est de ne pas augmenter les écarts entre les élèves (l’écart peut être : rapidité/lenteur dans la réalisation, rapidité/lenteur pour la compréhension des notions, rapidité/lenteur pour la mémorisation, etc.).

Chacun doit se sentir en confiance, prêt à être aidé soit par les manuels scolaires et les dictionnaires, soit par les autres élèves du groupe ou d’un autre groupe, soit par moi (en tout dernier recours).
Ainsi il me semble que les «objectifs» sur le kanban doivent être compris par chaque élève. «Compris par chaque élève» signifiant que tous doivent percevoir le but à atteindre, qu’ils comprennent le récit qui est raconté par la fiche, même s’il ignorent bien sûr à ce moment-là le processus, les moyens, les difficultés et le temps pour atteindre ce but.

Une parenthèse :
A ce stade de ma compréhension de l’Agilité, je crois important de garder à l’esprit que la carte «objectif» sur le kanban, en fait n’est pas un «objectif». Conserver le terme «User Story» serait sans doute plus approprié. Peut-être «tâche». Ou «récit». Je reviendrai plus en détail sur ce point. Garder cependant à l’esprit le principe d’équifinalité dans le système élève et groupe d’élèves. Etre précis sur la carte mais laisser aussi une marge de créativité, d’imprévus, d’incertitude, d’entropie en somme.

A PROPOS DE LA FORMATION

Dans la formation que je propose, les cours magistraux sont très rares. En effet ils sont très éloignés de l’esprit de management. Sur les 140 heures de formation (à peu près), je pense faire 8 heures (ou 8 séances) d’approche frontale. Je fais quelques cours de cette manière (ils sont importants) devant toute la classe entre septembre et novembre. Les élèves conservent une trace écrite dans leur «cahier-laboratoire» en recopiant les indications écrites au tableau, puis ils doivent remodeler ce cours sous la forme d’une carte mentale personnelle (je ne donne jamais mes propres cartes mentales car elles sont le reflet de ma pensée, reflet qui n’est pas transférable). De plus, ce cours est disponible sur un site internet personnel. Les élèves peuvent ainsi le revoir au cdi, ou chez eux. Les seuls travaux à faire à la maison correspondent à de l’apprentissage par coeur – cf Alain Lieury (et cet apprentissage par coeur est de toute façon commencé et travaillé en classe), ou de la création sur un travail déjà effectué en classe.
Toutes les heures de formation, soit environ 130 heures, sont donc consacrées au travail des élèves en classe. Dans un paradigme Constructivisme : Apprendre, c’est Agir, et Agir c’est apprendre.
Afin de conserver une structure solide et un rythme régulier, il est donc important de choisir des «Objectifs-Réalisations» réalisables qui provoquent rapidement une réalisation personnelle.

Au début d’une séquence de travail, je présente à la classe l’objectif général à atteindre et l’ensemble des cartes présentes sur le kanban. Elles sont lues, expliquées, commentées et le premier travail ne peut commencer que lorsque chaque fiche est comprise par tous les élèves. Elles peuvent donc encore être soumises à un changement d’écriture. Il est important que les élèves apprennent à avoir une vision globale d’un processus avant d’en comprendre tous les détails. Il doivent savoir le but du processus. Ce but sera ensuite souvent rappelé.
D’un manière générale, Les cartes du kanban sont réalisées dans l’ordre. Mais les élèves d’un groupe peuvent prendre la décision entre eux, par consentement (cf Sociocratie), de l’ordre du processus.

LA COMPLEXITE DE CHAQUE CARTE

L’objectif général du travail est découpé en plusieurs cartes.

Le but est multiple :
– réaliser les tâches en peu de temps afin d’obtenir la satisfaction de la réussite.
– chaque tâche est une création commune du groupe. Mais chaque élève du groupe peut choisir sa présentation (carte mentale, tableau, croquis, symboles, etc.)
– chaque «Objectif-Réalisation» doit permettre de présenter une complexité limitée en fonction du niveau de la classe.

La complexité est, il me semble, l’estimation la plus délicate du travail même s’il est clair que pour le même «Objectif-Réalisation» un groupe d’élèves de 15 ans (en 3ème) réalise en 20 minutes ce qu’un groupe d’élèves de 11 ans (en 6ème) réalise en 2 heures. Je reviendrai sur le travail d’estimation de la complexité et de la vélocité (notion que je dois encore travailler) d’un groupe.

LE TEMPS DE REALISATION

Afin de donner un rythme à chaque «Objectif-Réalisation» j’ai choisi d’utiliser la technique Pomodoro.
J’utilise 6 minuteurs. Deux possibilités pour leur utilisation.
– Soit chacun des 5 groupes possède un minuteur. Cas n°1 : les élèves du groupe estiment leur temps de travail (10 ou 15 ou 20 minutes…). Cas n°2 : j’impose à chaque groupe un temps en fonction de la possible vélocité du groupe (note à moi-même : revoir la vélocité et à mettre en lien avec la complexité des fiches). En effet les groupes ne sont bien évidemment jamais homogènes.

– Soit je propose un temps pour la réalisation de la première carte kanban. Dans ce cas j’utilise deux minuteurs.
Si j’estime le temps nécessaire à 20 minutes, je règle un minuteur pour une période de 20 minutes, et le second pour une période de 10 minutes. Toujours dans un souci de rythme et de motivation, la première sonnerie du minuteur indique qu’il reste 10 minutes. Il me semble important de prévenir les élèves que le laps de temps se termine bientôt. D’une manière générale, l’entropie est toujours présente dans le travail en groupe avec des apprenants placés en autonomie (quelque soit l’âge !). La première sonnerie permet ainsi de ramener l’attention des élèves vers l’aboutissement de la réalisation.
Il est important que la réalisation soit rapide afin que tous les élèves puissent avoir la satisfaction d’avoir réussi un processus.
Cependant, ce temps estimé est souvent dépassé dans la mesure où de nombreux imprévus surviennent :
– difficultés pour trouver une notion ou une définition, donc la recherche dans les manuels scolaires ou les dictionnaire est plus longue que prévue.

– manque de motivation.

– de nombreuses hypothèses sont à tester.

– changement momentané de réalisation pour une étude transversale. Par exemple, l’ «Objectif-Réalisation» est la recherche de la notion de Verbe Transitif /intransitif, les élèves peuvent décider par consentement de faire des recherches sur la notion d’Attribut du sujet, etc…

-etc…

Il faut donc faire constamment varier les curseurs propres au pilotage et aux rétroactions entre Exigence vs Facilité/laxisme et Rapidité-vivacité vs Lenteur. Le but étant d’essayer de se situer au centre de ces deux axes.

EXEMPLES d’«Objectif-Réalisation» SUR LE KANBAN

Exemple 1
– Objectif : réaliser un QCM
carte 1 = écrire 2 (ou 5 ou 10) questions sur les classes grammaticales (ou le chapitre 8 de La Mare au Diable de George Sand, etc…)
carte 2 = écrire la réponse exacte sous la forme d’une phrase pour chaque question
carte 3 = écrire 2 réponses erronées mais plausibles sous forme de phrase pour chaque question.
carte 4 = soumettre le Questionnaire à un autre groupe. Et améliorer au besoin les questions et les réponses.
Il est possible de regrouper les fiches 2 et 3 en une seule fiche si le groupe est rapide.

Exemple 2
– Objectif : Analyse grammaticale d’une phrase
carte 1 = indiquer les classes grammaticales de chaque mot à l’aide du dictionnaire ou des manuels scolaires
carte 2 = indiquer les fonctions en fonctions du ou des noms
carte 3 = indiquer les fonctions en fonction du ou des verbes
carte 4 = indiquer le nom de chaque proposition
carte 5 = indiquer le nom de la phrase.
carte 6 = faire un croquis pour montrer la différence entre classe grammaticale et fonction
carte 7 = faire un croquis pour monter la différence entre proposition et phrase

EN CONCLUSION (PROVISOIRE)

En conclusion, il est important de conserver un esprit et une philosophie Agile et de s’adapter à toutes les situations imprévues. Rien n’est figé. Relire souvent les valeurs de l’Agilité. Je les ai affichées dans la classe. Il est primordial de savoir s’adapter, d’être réactif, de changer de stratégie ou de modifier une carte kanban si les élèves peinent.

Une constante, ou dans une approche fractale « une invariance par changement d’échelle » : ll faut garder à l’esprit que les boucles de rétroaction fréquentes permettent de se soucier constamment de l’estime de soi de chaque apprenant. Ce qui est à mon sens le but ultime de mon travail.

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7 commentaires sur “A propos des cartes du kanban

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  1. Bonjour, je découvre votre blog très récemment. Après 3 années en tant que Scrum Master en entreprise, véritablement convaincu par le bénéfice de l’Agilité et par les valeurs aussi bien humaines que professionnelles qu’elle embarque, j’ai depuis 3 semaines maintenant intégré une entreprise de Service Numérique en tant que Coach Agile pour « prêcher la bonne parole » dans divers secteurs. André De Sousa avec qui j’ai pris contact récemment m’a parlé de vous et de votre travail ou plutôt de votre vocation 🙂
    Ma femme est institutrice et, sa vision de l’éducation fortement empreinte de pédagogies dites alternatives, nous amène à échanger sur nos journées de travail respectives pour nous rendre compte qu’elles ont beaucoup de choses en commun. Après tant de parallèles, je me suis intéressé à la possibilité d’appliquer Scrum et l’Agilité dans une salle de classe. Mes recherches m’ont amené vers EduScrum et donc André De Sousa et votre blog.
    Pour en revenir à votre article, il a juste soulevé une interrogation. En effet, dans Scrum, l’équipe « s’engage » à produire sur la durée d’un sprint car elle estime que les demandes faites sont réalisables selon plusieurs critères définis. J’ai bien compris que dans votre cas, ici, c’est vous qui définissez l’objectif à atteindre et non la capacité de travail possible de l’équipe. Bien entendu vous en tenez compte mais chaque groupe va finalement avoir à atteindre le même objectif dans le même temps. Mes questions sont donc les suivantes :
    – Est ce réalisable après avoir exposé les objectifs finaux sur une longue période de laisser chaque groupe décider de ce qu’il est capable de produire ? On pourrait par exemple partir du No estimate qui vise à ne faire que des tâches d’une valeur à peu près équivalente. Ainsi, sur un sprint, chaque équipe est capable de quantifier sa capacité d’apprentissage en nombre de post-it et de partir de cette même capacité sprint après sprint pour éventuellement la voir évoluer. Je me doute que c’est compliqué pour vous dans la gestion de la classe puisque ça crée des écarts d’apprentissage à des instants « T ». Mais comme pour Scrum, cela vous permettrait à partir du programme global, d’anticiper les groupes qui glisseraient vers une non-atteinte des objectifs à l’année. Je pense que ça rajoute de la complexité de votre côté.
    Bref, avez-vous déjà essayé de laisser vos élèves décider de leurs objectifs dans un sprint plutôt que de les définir vous-même.
    Désolé pour ce long commentaire.
    En tout cas, votre approche est vraiment intéressante.
    Peut-être à bientôt pour d’autres commentaires à mesure que je rattraperais le temps perdu.
    Merci.

    1. Bonjour Éric,

      Votre commentaire tombe à point dans la mesure où je suis justement en ce moment en pleine réflexion sur la notion d’objectif.

      Rapidement :
      – Chaque élève apprend à son rythme, ce n’est pas un problème, et c’est la norme dans la classe d’avoir des écarts dans les apprentissages, et justement avec et grâce au kanban (outil qui me permet de voir non pas forcément les écarts, mais les progrès de chaque élève).
      – J’ai déjà essayé de les laisser décider des objectifs, des groupes, des durées… Mais, à leur âge, les enfants ne sont pas capables de définir les objectifs en fonction du programme et du socle de Connaissances, Compétences et Culture ; ils ne sont pas capable de définir une durée ou de faire des estimations. De mon côté, je suis absolument incapable de définir une durée d’apprentissage pour chaque élève et donc de proposer des estimations. Et ce n’est pas un problème. Joël de Rosnay en parle très bien dans le Macroscope (1975), dans la partie Education, avec la notion d’approche spiralaire (itération, incrémentation, adaptation).

      Je suis de plus en plus enclin à ne plus considérer des « objectifs » mais des « cadres » dans lesquels chaque élève évolue et définit ses propres objectifs en fonction de ses propres besoins par rapport à des écarts de réponses entre deux évaluations ; c’est ce qui se passe actuellement avec mes élèves.
      Ainsi, je crois que je vais abandonner « objectif », pour remplacer par « cadres » (ou environnements) dans lesquels je place les contraintes.

      Pour finir, comme je l’écris à la fin de mon billet après constats, Scrum en l’état, ou EduScrum, ne fonctionne pas pour l’apprentissage. Pour une production sans doute, mais ce n’est ni le cadre ni l’objectif ni le but dans la classe.
      La notion d’équipe n’est qu’un prétexte pour que chaque individu puisse progresser grâce aux interactions cognitives, sensorielles, émotionnelles ; il n’y a rien à produire.
      Par conséquent, je ne privilégie pas une méthode agile (scrum par exemple), mais je reste le plus proche possible du Manifeste Agile. Et d’une grande partie du Lean.

      J’espère avoir répondu à vos interrogations et remarques.

      Merci pour votre commentaire très pertinent !

  2. j’ai découvert grâce à un lien de François Muller et à votre blog ce « système  » la semaine dernière. Je le trouve passionnant! merci de nous faire partager cette expérience!!!

    1. Caroline, c’est surtout grâce à mes visites dans des classes de maternelle que j’ai pris conscience des notions :
      -d’ateliers,
      -d’espaces de classe,
      -de vicariance,
      -d’élèves/apprenants actifs,
      -de travail en classe (et non pas à la maison),
      -d’estime de soi,
      -d’absence de punitions ou de moquerie,
      -d’utilisation de nombreux outils cognitifs,
      -de patience,
      -d’emboîtements,
      -de trier-ranger-classer,
      etc.
      Par conséquent, je vous remercie pour votre énorme travail quotidien.
      Comme je dis souvent : dans l’apprentissage, quelque soit l’âge, la fonction, la discipline, ne jamais s’éloigner de la maternelle.

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