Un élève est un être vivant. Il est ainsi un système. Un système ouvert. Il est « une structure dissipative qui s’auto-organise », explique François Roddier, dans Thermodynamique de l’évolution. S’il accumule des informations dans ces différentes mémoires qui se complètent, il en perd également. Ainsi, un élève est le produit de ses compétences, de son agilité dans des situations variées et toujours incertaines. Il possède un design qui lui est propre, des capacités cognitives particulières. Il a une valeur, une valeur humaine, toujours positive et en aucun cas placée sur une graduation comprise entre 0 et 20. Ne pas oublier également l’aspect pervers de la note comprise entre 1 et 9, donc « sous la moyenne » qui n’a qu’une valeur négative ; valeur négative très bien comprise par les élèves, et en aucun cas incitative.

En tant qu’élève, l’enfant devient donc un objet d’étude sur lequel il est possible d’établir des diagnostics ou des évaluations, et des modifications grâce à la plasticité cérébrale, l’environnement, ses besoins et ses buts.

Un de mes buts est de modifier la perception des élèves à propos de l’apprentissage. Il s’agit de les inciter, obliger, soumettre en douceur, de manière kaizen, à rechercher des informations. Un autre de mes buts est de faire en sorte qu’ils perdent, oublient, égarent le moins possible d’informations, donc éviter l’augmentation de l’entropie. C’est une manière de les responsabiliser, de leur donner un peu de goût pour un apprentissage tout au long de leur vie. Depuis le premier jour de la rentrée, ils ont compris maintenant qu’ils ont peu à attendre de moi en terme de réponse toute faite, définitive et absolue.

Le nombre de connaissances à apprendre du programme est si important qu’on a l’impression qu’il ne faut passer que par une « transmission » de ces informations. Ou : Le programme des connaissances est si important que les enseignants pensent n’avoir d’autre stratégie que la « transmission » de ces informations, pour aller plus vite. Il est important de noter que le nombre d’éléments à traiter, par niveau scolaire au collège, est supérieur au nombre d’heures disponibles pour la formation des élèves.

La transmission d’informations n’est possible que si, et seulement si, émetteur et récepteur sont de même nature, donc si le récepteur est capable de décoder entièrement le message de l’émetteur. Or sur 26 élèves de 12 à 15 ans, tous ne sont pas capables d’une telle prouesse car tous n’ont pas un cerveau aussi développé biologiquement que celui d’un adulte.  C’est une des raisons qui entraine une très forte inégalité dans la formation des élèves ainsi que l’absence d’émergence de compétences. Les dernières conclusions des neuroscientifiques nous indiquent que le cerveau parvient à maturité vers 25 ans. Ferdinand de Saussure indiquait, dans Cours de linguistique générale, « Entre tous les individus ainsi reliés par le langage, il s’établira une sorte de moyenne : tous reproduiront -non exactement sans doute, mais approximativement- les mêmes signes unis aux mêmes concepts« . Je présume que Saussure parlait ici d’individus adultes. On trouvera des correspondances de point de vue chez Claude Shannon, avec la théorie de l’information, ou le physicien Sadi Carnot, avec la thermodynamique.

Une donnée importante n’était pas explicitement mentionnée dans les programmes jusqu’en 2005 : ce sont les processus, les procédures, à prendre en compte pour que les élèves puissent conjuguer « leurs cerveaux » (cortex, limbique, reptilien) afin d’encoder, d’acquérir, d’assimiler les informations. La boucle de rétroaction connaissances déclaratives, ou mémoire déclarative, et connaissances procédurales, ou mémoire procédurale, ne doit pas être brisée si on veut faire émerger les compétences des élèves.

Ainsi, en 2005, le socle commun des compétences a été ajouté aux programmes afin de pallier ce que les programmes ne suggéraient pas avec assez de force c’est à dire la pratique des élèves, la prise en compte de leurs compétences existantes, et à venir, dans le processus d’apprentissage.

La conjugaison des programmes et du socle des compétences place la formation des élèves, et le formateur, dans un paradigme constructiviste. Nous sommes donc amenés, en tant que formateur et manageur, à considérer des différences cognitives et de trouver les moyens pour s’adapter, comme le régulateur d’un servomécanisme, à ces écarts.

Ainsi, la conjugaison est un domaine suffisamment vaste, mais limité, pour créer chez chaque élève le besoin de consulter de la documentation.

L’apprentissage, la manipulation, la compréhension du français, de la grammaire, de la littérature, de la dramaturgie ne peut que se développer que grâce aux autres disciplines : les mathématiques, la physique, la thermodynamique, la chimie, la biologie, les sciences humaines. Il s’agit de conjuguer les disciplines. La littérature ne peut à elle-seule expliquer la littérature, de la même manière que l’histoire des arts ne peut être comprise que grâce aux technologies, aux sciences, aux processus humains, à la cognition. Peter Senge, dans La Cinquième Discipline, explique que « les organisations et les sociétés contemporaines gèrent la connaissance d’une manière qui tue le sens du mystère. Elles la compartimentent par spécialités et créent ainsi une fausse impression de sécurité (…) La vie se présente comme un ensemble compact. Seules les grilles d’analyse la saucissonnent en problèmes distincts. Si nous oublions qu’il ne s’agit que d’une grille d’analyse, nous perdons toute ouverture d’esprit« .

Cet objectif apparait explicitement dans les programmes de 2008 :

Des convergences entre les disciplines

Des convergences entre les disciplines

C’est dans un état d’esprit interdisciplinaire, systémique, que j’ai créé le symbole de l’analyse du verbe afin d’aider les élèves à conjuguer la conjugaison.

Le symbole de l’analyse du verbe est inclus dans le Grammosome qui est lui-même inclus dans la double molécule. Ce sont des outils qui permettent de réguler les flux d’informations. Ce sont des innovations Jugaad, des outils peu coûteux, simples, efficaces pour provoquer les discussions entre les élèves, créer des conflits cognitifs, voire des dissonances cognitives. Ils entrainent la possibilité indispensable de faire apparaître des « cygnes noirs« , des exceptions en terme statistique mais des exceptions qui ont un impact très important.

Ces outils permettent également de réduire l’incertitude mais pas de l’éliminer. En effet, dans la formation des élèves, il est primordial de ne jamais éradiquer, éliminer l’incertitude, ou la complexité. Il me semble important qu’ils puissent conserver la liberté d’émettre des hypothèses plausibles, de prendre en compte la notion de corrélation, d’interaction, d’analogie, d’opposition, etc.

Le symbole pour l’analyse du verbe permet de donner aux élèves la possibilité de découvrir, d’étudier, de comprendre, d’utiliser un maximum de concepts en un minimum de temps.

Au départ, comme pour les autres outils, j’explique, je montre. C’est un peu comme pour un jeu d’échec : je montre l’échiquier, le nombre de cases, l’emplacement de chaque pièce ainsi que leur déplacement. Une fois les règles établies, les joueurs peuvent créer leur(s) partie(s), à leur rythme.

Le symbole du verbe :

verbe d'action

verbe d’action

Si le symbole du verbe se base sur celui du générateur vu en électricité, il possède également, par hasard,  les caractéristiques de la « méthode de la potence » pour le calcul d’une division.

Division des espaces

Division des espaces

Le but de l’élève est de diviser un verbe en 10 informations qui le composent, sans perdre de vue la globalité des informations. Ainsi celles-ci, sur le symbole, ont une place spécifique.

10 informations

10 informations sans hiérarchie

L’élève ne perd pas la globalité des 10 informations. Conjuguer signifie joindre ensemble dans un but précis, réunir. C’est la raison pour laquelle, dans un premier temps et à travers cet apprentissage, j’apprends aux élèves que tous les verbes sont conjugués, quelque soit leur mode. Il est important que les élèves comprennent, non pas les subtilités de la grammaire, mais qu’un verbe à l’infinitif est aussi un verbe conjugué car il emploie un mode, un temps et une voix. Je ne comprendrai jamais ces enseignants béhavioristes qui, à des enfants de 11 ou 12 ans, assènent leurs principes comme des dogmes et continuent à professer que les verbes aux modes impersonnels ne sont pas conjugués. je pense qu’il est temps, dans les cours de français, de comprendre qu’on ne pas s’adresser à des élèves de collège comme on peut s’adresser à des pré-adultes en cours d’université, en récitant par coeur le Grevisse. Lorsque je vois un tel enseignement, je comprends, en partie, pour quelles raisons les élèves de collège ne comprennent rien à la grammaire, et à la conjugaison en particulier.

Le nom des 10 informations

Le nom des 10 informations

Alternant un travail en groupe avec un travail individuel, ou un travail individuel puis un travail en groupe, les élèves trouvent des réponses en s’aidant des manuels scolaires, des tableaux de conjugaison. De cette manière, ils peuvent voir les informations manquantes sur le symbole.

Informations

Informations

Il est possible ainsi de voir le processus avancer vers la résolution. Les élèves indiquent leurs réponses dans l’ordre qu’ils veulent. Ils proposent des hypothèses pour indiquer si le verbe est à la voix active, passive ou pronominale, ou si ce verbe est transitif ou intransitif. Ils doivent faire des choix. Ils demeurent dans une incertitude qui les oblige à prendre des risques. Des risques sans danger. Ils font émerger des compétences qui vont permettre de consolider leurs connaissances.

Avec ce système, ils peuvent savoir quelle est la réponse qui leur manque puisqu’ils ont une vision globale du problème à résoudre. Ils peuvent ainsi apprendre à planifier alors qu’à leur âge, 12 ou 14 ans, leur cortex préfrontal n’est pas encore assez développé pour élaborer des organisations complexes sur le moyen et long terme.

Dans la mesure où les informations à propos de la conjugaison sont dispersées sur les 4 années de collège, j’ai affiché le programme détaillé de français (au centre 6ème, entouré par 5ème, 4ème et à la périphérie du tableau la 3ème) afin que les élèves puissent, à l’aide de ce tableau, savoir dans quels manuels scolaires ils doivent chercher.

Le programme sur 4 ans et les manuels scolaires au centre de la salle

Tableau du programme sur 4 ans (couleurs pour grammaire) et les manuels scolaires au centre de la salle

Le symbole de l’analyse complète du verbe est un point de départ pour obliger les élèves à cheminer dans les manuels à la recherche d’informations, à l’instar du Grammosome et de la double molécule. Ils doivent utiliser leurs raisonnement analogique, abductif, inductif et déductif pour trier, classer, ranger le flot d’informations. Ils sont ainsi très souvent dans l’apprentissage de l’inhibition, fonction exécutive indispensable au développement cognitif. De ce fait, les élèves, toujours en activité, progressent très rapidement dans les concepts grammaticaux.

Analyse du verbe dans le chromosome

Analyse du verbe dans le Grammosome

Le symbole de l’analyse du verbe est donc un outil permettant de laisser libre l’élève dans un système dont les limites sont définies. Cette liberté, il va l’employer pour émettre des hypothèses plausibles qu’il va conjuguer grâce à ses connaissances précédentes, à celles des élèves de son groupe, et grâce aux informations qu’il trouve dans les manuels scolaires, dictionnaire ou smartphone.

C’est le travail d’une jeune pensée systémique agile.