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Pour travailler par compétences, il est primordial d’entrer dans la boîte noire, d’utiliser la complexité, afin d’aider les élèves à améliorer leurs capacités cognitives. Il est clair qu’en récitant par coeur le Grevisse, sans aucune nuance, à des enfants de 12 ans, ils ne comprendront rien à la grammaire.

Il m’avait été difficile d’inciter les élèves à écrire des hypothèses dans leur cahier-laboratoire. Toujours dans une approche constructiviste, il me fallait trouver une solution afin que les élèves demeurent les acteurs de leur propre apprentissage, découvertes, processus cognitifs, aventures, etc. En effet, il ne s’agit pas qu’ils répètent uniquement ce que je peux leur dire.

Il s’agissait également pour moi de suivre les profitables conseils des IGEN de Lettres Mme Anne Vibert, Mme Anne Armand et M. Patrick Laudet.

Je demandais aux élèves d’écrire en sous-titre «hypothèses» pour signifier qu’ils envisageaient alors plusieurs options de réponses. Ce système n’a pas été convaincant. Je l’ai vite abandonné. En effet les élèves continuaient à essayer d’écrire LA bonne réponse.

Par la suite j’ai proposé d’ajouter un point d’interrogation à chacune de leurs réponses. Mais la réponse était alors connotée comme étant une interrogative, sous-entendant : «est-ce LA bonne réponse ?» Or une hypothèse est bien plus qu’une interrogative.

Le Design Thinking et l’innovation Jugaad m’ont beaucoup aidé pour trouver une solution. Depuis maintenant une année j’ai mis en place un système simple que les élèves ont fini par adopter. A bon escient. Avec efficacité, plaisir et soulagement.

A mon sens, pour émettre des hypothèses, il s’agit de signifier dans un espace donné, espace libre et protégé de toutes critiques, que ce qu’ils écrivent appartient d’abord au monde de la pluralité, du plausible, de l’éventualité, du cohérent personnel.

Pour créer cet espace ils tracent un spirale sur leur feuille et écrivent à l’intérieur. Il s’agit d’un nudge. Un nudge, selon Richard Thaler et Cass Sustein, est un coup de pouce, une incitation douce.

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Cette spirale est un monde intermédiaire dans lequel l’erreur n’existe pas ; c’est un espace de réponses qui permettra par la suite un travail cognitif plus poussé : le tri, puis le classement, enfin le rangement. En effet, les actions cognitives Trier-Classer-Ranger sont primordiales. Si elles sont beaucoup utilisées en cycle 1, elles disparaissent malheureusement au collège.

A propos du processus tri-classe-rangement, je me réfère à l’ouvrage de Guillaume Lecointre Comprendre et enseigner la classification du vivant, Edition Belin :

«Trier revient à discriminer des objets en fonction d’un critère binaire… le tri est un choix éliminatoire… on utilise ce qu’on appelle une clef de détermination».

– «Classer c’est d’abord regrouper des objets en un ensemble parce qu’ils partagent au moins une propriété commune… parce que l’on sait de quoi ils parlent, ces ensembles, une fois nommés, deviendront autant de concepts. Classer c’est créer des concepts et c’est donc rendre le monde intelligible.»

– «Ranger est l’opération qui consiste à organiser ou à sérier des objets selon un ordre croissant ou décroissant à l’aide d’un critère connu… Ranger peut peut prendre aussi le sens d’assigner.»

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Dans le cours de Français, les concepts sont très nombreux, mélangés, diversifiés et se chevauchent dans les ensembles Grammaire, Conjugaison, Vocabulaire, Orthographe Lexicale-Orthographe Grammaticale, Dramaturgie, etc… Même en troisième, à 14- 15 ans, les élèves ne parviennent toujours pas à maîtriser les notions de fonctions, de modes, etc. Si l’élève n’émet pas, dès le départ de son raisonnement, ses propres hypothèses il ne comprendra pas mieux les classes grammaticales = ranger les mots dans un classement suivant un tri.

Ainsi, il me semble que la première étape «hypothèses» est primordiale pour préparer le futur travail de Trier-Classer-Ranger. Les élèves sont sécurisés à l’intérieur de cet espace-spirale. Ils acceptent pleinement d’écrire des réponses plausibles en grammaire ou en lecture analytique. L’élément important est que dans tous les travaux en groupe, ils peuvent ainsi échanger, comparer, opposer et donc discuter de leurs hypothèses… le travail trier-classer-ranger et les conflits sociocognitifs se mettent déjà en place sans moi !

Il n’y a plus aucune réticence de leur part pour qu’ils osent prendre des risques. Leur parole est libérée. Je peux alors mesurer leurs progrès cognitifs et les solliciter en conséquence pour l’émergence de leurs compétences.