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Lorsqu’après quelques semaines de formation je montre le symbole suivant aux élèves de la 6ème à la 3ème, ils pensent immédiatement : – « adjectif qualificatif féminin pluriel »

adjectif féminin pluriel

adjectif féminin pluriel

– le suivant : -« adjectif qualificatif masculin singulier »

adjectif masculin singulier

adjectif masculin singulier

Si je présente celui-ci, ils pensent : « nom commun féminin pluriel »

nom commun féminin pluriel

nom commun féminin pluriel

Le mois de septembre est consacré à la présentation et à l’apprentissage de l’utilisation de quelques outils utiles (environ 8 outils ou moyens mnémotechniques) pour que les élèves puissent, pendant les 9 mois suivants, faire émerger des compétences avec le plus d’autonomie possible en grammaire, lecture, expression écrite, dramaturgie. Pendant ces trois semaines, mes cours sont alors magistraux. Les élèves recopient dans leur cahier les informations (schémas, cartes mentales, graphiques, dessins) présentées au tableau et les apprennent par coeur. Ils peuvent également retrouver ses informations sur le blog qui leur est destiné. Ce sera la seule fois de l’année où j’agirai avec un enseignement aussi frontal et déshumanisé.

Ce sont des outils cognitifs. Je les ai créés afin que les élèves puissent les utiliser comme des applications sur un smartphone. Une aide, un support, un nudge.

D’abord un premier constat : En assistant aux cours des mes collègues en EPS, en chimie, en physique, en SVT, en arts, j’ai constaté que les élèves ont à leur disposition des outils physiques ou conceptuels pour observer, analyser, tester. Ils n’ont en revanche strictement rien en cours de français (excepté le dictionnaire incluant des tableaux de conjugaison).

Un second constat : Après avoir travaillé sur une centaine de copies anonymes de Brevet en 2008 et 2009, je me suis rendu compte que les élèves confondent les classes et les fonctions grammaticales, mais surtout ils confondent ces deux notions avec un panel très diversifié de notions grammaticales. J’ajouterai à ce constat que les diagnostics que je fais en début d’année scolaire me montrent la même chose. La structure des informations s’est perdue, dégradée, dissipée. En thermodynamique on parlera d’une augmentation de l’entropie, c’est à dire une augmentation du désordre (cf François Roddier, Thermodynamique de l’évolution).

En créant différents outils, j’ai eu l’impression de combler un vide. Par conséquent, ces aides permettent aux élèves de travailler vers des compétences dans une relative autonomie. Utilisant le vocabulaire de la cybernétique, je pourrais dire que mes interventions, sur la base de ces outils, sont alors de simples feed-backs, des boucles de rétroaction positives ou négatives. Sans être d’une grande précision scientifique, les diagnostics ainsi établis grâce aux outils me permettent de donner une réponse appropriée à chacun. Comme toujours il demeure primordial d’entrer dans la boîte noire, de travailler avec la complexité. Et ainsi accompagner les élèves avec un management en douceur.

Je peux agir comme un GPS : Global Positioning System. Les outils sont mes satellites et me fournissent des informations sur la position cognitive, sur les fonctions exécutives, sur la qualité des mémorisations d’un élève au moment où il est en activité. Ils peuvent faire apparaître ses inéluctables biais cognitifs et ses heuristiques. C’est un des processus de l’approche par compétences : placer l’élève dans une situation (ici l’importance de mon rôle) afin qu’il utilise à bon escient, si possible avec efficience, les réservoirs de ses connaissances, les flux de son savoir-faire pour créer un processus qui aboutisse à une réussite ; à ce moment-là il fait émerger une ou des compétence(s).

Une compétence n’existe pas en soi (cf Guy Le Boterf, Repenser la compétence). Une compétence est plus que la somme des savoirs, capacités, stratégies, etc… d’un individu. Nous sommes bien dans une démarche systémique et dans un paradigme constructiviste (cf Philippe Jonnaert, Compétences et socioconstructivisme).

Je voudrais ajouter ici qu’il semble ainsi très difficile, voire absurde, de vouloir prévoir, prédire, décréter, instituer quand et quelles compétences l’élève va faire émerger avant qu’il ait réussi à résoudre son problème. Une compétence ne peut ni se transmettre ni s’enseigner.

Il me fallait donc trouver un moyen pour que les élèves (si on les considère comme des systèmes dissipatifs) retiennent les informations grammaticales. Donc diminuer l’entropie en les aidant à mémoriser ces informations et à les structurer (trier-classer-ranger).

Le rappel, en 2009, de Katherine Weinland, IGEN de Lettres, concernant la grammaire est important : « Enseigner la grammaire au collège, c’est conduire les élèves : 1- à comprendre les mécanismes de la langue 2- à maitriser la terminologie qui sert à les identifier et à les analyser 3- à les amener à réutiliser ces connaissances pour mieux s’exprimer à l’écrit comme à l’oral et pour mieux comprendre les textes lus ».

La grammaire sollicite les différentes mémoires (déclaratives, lexicales, de travail..); elle fait appel aux emboitements (trier-classer-ranger), aux algorithmes. Elle permet également des raisonnements par inférence, des raisonnements abductifs, analogiques, inductifs et déductifs, lorsque l’élève est en situation de faire émerger des compétences. Je pense de plus en plus fermement que ce n’est pas le programme disciplinaire qui pilote mais bien le processus cognitif et adaptatif de chaque élève qui utilise tous les programmes disciplinaires pour atteindre son but. C’est d’ailleurs le rappel de Jérôme Barrand à propos de l’Agilité lorsqu’il évoque la nécessité pour un individu «d’avoir une capacité de mouvement, l’importance de donner du sens, de s’intéresser à l’efficience, d’être anticipateur, être à l’écoute, dans la réalité, conscient de son environnement, et se sentir responsable».

Je présente donc un de ces outils : les symboles des classes grammaticales. (en pdf)

des symboles pour les classes grammaticales

des symboles pour les classes grammaticales

Les élèves les utilisent depuis 2009, date des créations des premiers prototypes. J’ai utilisé et transposé le design des symboles déjà existants dans le cours de sciences physique, en électricité. Par exemple le symbole du générateur devient le verbe, l’ampoule devient le nom.

Les classes grammaticales sont triées en deux groupes (clé de détermination : variables – invariables).

Pour les variables, sauf le verbe, les symboles sont présentés sous 4 formes permettant ainsi de distinguer le genre et le nombre.

une erreur identifiable : déterminant et non avec un genre différent

une erreur identifiable : déterminant, nom et adjectif avec un genre différent

Ainsi les élèves n’écrivent plus systématiquement «nom commun masculin pluriel» mais ils utilisent un symbole qui rassemble toutes ces informations. Lorsqu’il voit le symbole et le mot, l’élève peut alors dire à haute voix (ou dans sa tête) sa classe grammaticale, son genre et son nombre.

La psychologie cognitive a mis en évidence que « l’image est mieux mémorisée que le mot, car un codage verbal complète le codage imagé » affirme Alain Lieury, Professeur émérite de psychologie cognitive à l’Université de Rennes. Ainsi en associant la classe grammaticale « nom », avec son symbole et l’exemple d’un nom, l’élève conserve une information plurielle dans ses mémoires procédurale, sémantique, épisodique, iconique. Ce renforcement semble permettre une plus grande facilité d’utilisation de sa mémoire de travail.

 Quelques exemples de symboles

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exemples

A chaque fin d’année scolaire j’ai pu constater que grâce à cette manière de procéder, associée à d’autres outils (la boîte Les mots et Le Grammosome), 100% des élèves ne confondent plus les classes grammaticales entre elles, et ne font plus de confusion avec les fonctions. De plus, en travaillant en petits groupes à l’aide du kanban, la recherche, l’utilisation et la comparaison des classes grammaticales deviennent ludiques. Un état d’esprit qui renforce la réussite et l’estime de soi.

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13 juillet 2014

« C’est de la démence ». C’est ainsi qu’en 1909, Meillet, professeur de Grammaire Comparée au Collège de France qualifia l’enseignement de la langue français et de la grammaire. A lire dans L’enseignement de la langue française, chapitre I, page 12. 

Je découvre que dans les années 50, la difficulté d’apprendre la grammaire était prédominante. Une réflexion avait eu lieu. Des symboles ont été créés afin d’aider l’utilisation et la manipulation de ces concepts.

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