En classe, les élèves ont le droit d’utiliser leur smartphone pour des besoins pédagogiques. « Utiliser les ressources nécessaires (contenus et services) aux apprentissages » grâce à un Equipement Individuel Mobile devient officiellement une aide pour l’enseignement, rappelle le Ministère de l’Education Nationale en juin 2015. De la même manière NetPublic précise que « Il s’agit de travailler sur des compétences essentielles dans le monde d’aujourd’hui : pouvoir accéder à des informations, les vérifier avec un esprit critique, mettre en oeuvre des savoirs construits et organisés, développer l’esprit d’initiative et la créativité en mode projet et en mode collaboratif… Ces compétences mêlent la lecturel’écriture, la navigation et l’organisation dans un environnement médiatique et numérique contemporain où l’exercice de la citoyenneté est bien sûr de mise ».

Cependant, je me suis souvent demandé comment étendre les cours, l’esprit d’initiative, le mutualisme, hors des murs de la salle de classe, pouvoir prolonger l’esprit d’aide, de collaboration et de coopération au-delà des frontières du collège. De plus, je ne donne que très peu de travail à la maison car :

  • Je considère que les expérimentations se font en classe car je ne peux aider les élèves lorsqu’ils sont chez eux, ou très peu d’enfants ont des parents qui peuvent leur donner des conseils
  • De très nombreux élèves (parfois 70%) ne font rien chez eux, ne lisent pas le texte demandé, ou n’apprennent pas les mots suggérés, ou ne préparent pas le sujet de rédaction, soit par manque d’envie soit par absence d’aide.

Ce double défi a toujours été une contrainte; il me fallait trouver une solution.

J’avais testé jadis des accompagnements sur Blog, Twitter, Facebook, mais je n’avais jamais été pleinement satisfait. J’ai conservé Facebook avec les élèves pour rester en relation avec les anciens, ceux qui le souhaitent, et les accompagner pour des aides ponctuelles, ou garder un simple contact.

Emergence

J’ai découvert il y a une semaine l’application Slack, une application de collaboration utilisée aussi dans l’Agilité. C’est une application très simple, bien plus plus souple et efficace que Twitter ou que les environnements numériques éducatifs (Pronote, Liberscol, Atrium).

Parmi les applications accompagnant le travail collaboratif, il existe également FramateamLammer ou Postclass pour le même type d’échanges dans une équipe.

Slack répond complètement à ce que j’attendais pour pouvoir continuer à construire chez les élèves un état d’esprit d’entraide, ce qui ne va pas de soi. Cette application va pouvoir compléter et accompagner toutes les expériences faites en salle de classe. Il s’agit d’un espace privé, donc nous sommes entre nous, comme dans une salle de classe.

J’espère également pouvoir relancer les expérimentations à la maison par l’intermédiaire de cette application puisque chaque élève connecté peut alors être aidé par ses pairs.

Aussitôt après avoir découvert Slack, j’en parle aux élèves. Ils ont l’air enthousiastes.

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Je teste donc cette application pendant ces deux mois de fin d’année avec les élèves des classes de 3ème et 4ème, soit 54 élèves de 13 à 15 ans. Je souhaite être efficace dès la rentrée 2016. En effet, j’envisage d’utiliser Slack toute l’année 2016-2017 en 3ème, et en 4ème car l’expérience me montre dès à présent qu’ils sont capables de l’utiliser, avec plus d’enthousiasme que les enfants de 3ème. Je n’inclus pas les enfants de 5ème, à mon avis trop jeunes (mais pourquoi ne pas essayer?).

Pour les élèves de 3ème, je tente des accompagnements et des révisions pour le Brevet et pour l’Histoire des Arts. Pour les élèves de 4ème, je teste le prolongement des cours en dehors de l’espace physique de la classe. Nous restons ainsi entre nous, comme dans la salle 120, même si cette fois, les parents peuvent jeter un oeil sur les discussions pédagogiques.

Test d'une discussion et #zones pédagogiques (à gauche)

Test d’une discussion et #zones pédagogiques (à gauche)

Slack est une application en anglais. Seuls les élèves invités par mail peuvent s’inscrire sur la « Team-classe ». Nous sommes donc entre nous. Passé l’inscription toutes les discussions se déroulent en français. Comme sur tous les réseaux sociaux, l’application présente une page sur laquelle tous les élèves peuvent intervenir.  Ensuite, je décide d’ouvrir des sujets de discussions par l’écriture en fonction du programme : #dictée, #rédaction imagination, #rédaction réflexion, #participe passé, #histoire des arts, etc…

L’intérêt est de recréer l’ambiance de la salle de classe et que chaque élève puisse retrouver rapidement les informations qui l’intéressent ou être aidé en dehors des murs de la salle de classe.

Ainsi :

  • Si un élève pose une question sur un cours, une notion ou un exercice, tous les autres élèves peuvent lui répondre.
  • Si un élève est absent, n’importe quel autre élève (ou moi) peut photographier son cours dans son cahier et le diffuser.
  • Si je pose une question, tous les élèves peuvent répondre.
  • Je peux demander à chaque élève de recopier son interprétation d’un texte littéraire. Tout le monde peut ainsi rapidement s’enrichir du point de vue des autres.
  • Pour les exercices de lectures expressives, je peux demander à chaque élève d’enregistrer chez lui sa lecture d’un texte (poème, récit ou théâtre) et de placer son enregistrement sur Slack afin de l’écouter pendant le cours.
  • Je peux ajouter des informations à propos d’un cours, ou créer rapidement des quiz sur une notion ou un texte afin d’accompagner tous les élèves.

Test d'un sondage

Test d’un quiz

Je propose donc aux élèves d’utiliser Slack chez eux, sur leur smartphone, sur leur ordinateur ou tablette.

Je pense que cette application me permettra de réduire efficacement le nombre de photocopies ; je pourrais ainsi photographier un texte ou un exercice dans n’importe quel ouvrage et le diffuser à l’ensemble des élèves. Ils n’auront plus besoin d’emporter un manuel, ou de l’oublier.

Je leur propose également de l’utiliser en classe pour le cours de français ou pendant une évaluation pour revoir certaines notions qu’ils ne connaissent pas encore par coeur ; une manière de retrouver des informations rapidement et les utiliser pour résoudre un problème. Ils peuvent également, lorsqu’ils sont en groupe en salle informatique, utiliser cette application pour partager des informations en temps réel, si le réseau le permet.

Le but de cette extension de la salle de classe par l’intermédiaire de cette application est d’augmenter les interactions, et que ces interactions puissent accompagner le développement sensoriel, émotionnel et cognitif de chaque élève.

importer des images et les utiliser hors connexion

importer des images et les utiliser hors connexion

Pour cette première expérience, en une semaine, très peu d’élèves se sont inscrits même s’ils ont montré de l’intérêt ou de l’enthousiasme. Ainsi, pour le moment, seulement 4 élèves en 4ème et 9 élèves en 3ème sont venus rejoindre les équipes de Slack. J’ai l’impression que ces jeunes enfants de « la génération z » ou « génération alpha » ne sont pas encore au fait du potentiel du numérique.

ajout – 21 mai 2016 : 50% des élèves se sont inscrits et sont actifs en 4ème. En progrès. Avec 45% d’inscrits en 3ème, très peu d’activité sur slack, finalement comme dans la classe.

ajout – 31 mai 2016 : sur 70% en 4ème inscrits, 40% participent aux quiz littéraires. Sur 73% en 3ème, 40% participent aux quiz littéraires.

(à suivre…bilan fin juin)