L’expression écrite est un travail complexe. Sans doute l’exercice le plus complexe réalisé au collège. Ce travail d’écriture demande du temps, de la patience et de la confiance pour devenir une oeuvre littéraire.

En septembre 2015, j’ai proposé aux élèves une liste de sujets parmi lesquels ils pouvaient choisir chaque mois celui qu’ils voulaient traiter. La prise de décision personnelle est source de motivation et donc d’engagement dans un cadre créatif.

En juin 2015, après 10 mois de formation, en faisant le bilan des travaux des élèves, j’ai pu constater une efficience élevée, avec 100% d’engagement, d’améliorations et de réussite pour cet apprentissage, quelques soient les notes obtenues au cours de l’année. Le but n’est pas seulement la note ; le but c’est l’émergence de compétences à travers la participation, l’engagement, la tentative, les essais-erreurs dans un projet : l’écriture d’un texte littéraire.

Tous les élèves ont modifié positivement leur manière d’écrire et de raconter sur l’ensemble de l’année, grâce à une rédaction par mois, soit 9 rédactions sur l’année.

Les valeurs de l’Agilité sont à la base de cette formation.

Des créations opérationnelles plus que des connaissances exhaustives

En classe de troisième, un seul élève, en difficulté, a refusé d’écrire sa rédaction en septembre et ce fut son unique refus. Il a réussi par la suite à écrire  des histoires passionnantes et a pu atteindre 12/20. Il n’a malheureusement pas obtenu le brevet. Dans la même classe, une autre élève en très grande difficulté n’a écrit qu’une dizaine de lignes sur sept rédactions et une trentaine de lignes pour deux autres. Elle ne faisait presque pas d’erreurs d’orthographe et de grammaire et possédait un très beau style. Elle a même accepté de venir pendant un cours de cinquième pour améliorer une de ses rédactions inachevées. Malgré une note maximale de 7/20 pendant l’année, elle a terminé avec un récit plus maîtrisé qu’en début d’année. Enfin, les trois élèves de troisième appartenant à l’ULIS (Unité Localisée pour l’Inclusion Scolaire) ont tous les trois nettement progressé, et ont travaillé souvent sans aide et en écrivant en classe.

En classe de quatrième et en cinquième, tous les élèves ont également progressé. Une élève en cinquième, racontant de manière incompréhensible car ne parvenant pas à organiser ses informations en début d’année, a totalement maîtrisé ses 5 derniers travaux et ses difficultés ont disparu ; elle a eu 16/20 à son dernier récit alors qu’elle avait obtenu 7 et 5/20 en début d’année. Les 3 élèves d’ULIS de cinquième, qui refusaient d’écrire en sixième, ont fait les mêmes travaux que les autres élèves, avec enthousiasme. Ils sont parvenus à approcher les 25 lignes d’écriture, et à les dépasser pour l’un d’entre eux tout en parvenant à organiser son récit mais sans aucun paragraphe.

En somme, les élèves les plus en difficulté se sont améliorés dans la maîtrise de l’organisation des phrases et du récit ; ils ont réussi à augmenter le nombre d’informations et ainsi à diminuer le nombre d’ellipses. Les élèves les plus performants ont fait des progrès dans le choix du vocabulaire de plus en plus précis des sensations, des émotions et des sentiments  ; ils ont mieux pris en compte la dramaturgie. En définitive, ils sont tous parvenus à donner du sens à leur récit.

Tous les travaux d’expression se font en classe, pendant une séance, soit moins d’une heure. Un des buts est de ne pas écrire, en fin d’année, moins de 30 lignes en cinquième et moins de 40 lignes en quatrième et troisième. C’est la raison pour laquelle le nombre de lignes minimale est progressif. Pour parvenir à ce résultat avec un récit compréhensible, passionnant et littéraire, une préparation solide, efficace et agile est primordiale.

Une indispensable préparation

Les quinze sujets sont distribués en début d’année. Les mêmes pour les trois niveaux, 5ème, 4ème et 3ème. Des élèves de 5ème sont capables d’écrire et de raconter avec plus de talent que des élèves de 4ème ou de 3ème. Tout au long de l’année, les élèves sont prévenus une semaine avant la date d’écriture. Ils choisissent et préparent alors leur histoire chez eux. Tous ne le font pas. Sur les 100 élèves, j’ai pu constater que quatre à six élèves, suivant les classes, choisissaient régulièrement leur sujet en début d’heure de préparation. D’où l’importance de la préparation faite en classe.

Pour créer sa préparation, l’élève ne fait pas un « brouillon », c’est-à-dire l’écriture de son texte qu’il recopiera, mais il utilise trois outils :

– une Double Molécule

– un Schéma du récit

– un tableau de progression

Une préparation

Une préparation

La Double Molécule permet de réfléchir à l’ensemble du texte grâce aux seize informations primordiales qui peuvent composer une communication. Cette Double Molécule ne peut être restreinte en enlevant des informations. Cet outil oblige l’élève à penser et à se poser les bonnes questions à propos de chaque élément explicite et implicite de son récit. Par conséquent, l’élève a une vision globale grâce aux informations détaillées de ce récit qu’il a en tête de manière désordonnée. C’est un travail qui demande du temps car il est particulièrement exigeant. Il s’agit de combiner la rigueur d’une démarche scientifique avec des intuitions artistiques. Ce travail fait partie de la formation des élèves et est inscrit dans les programmes du collège.

Grille pour indication des progressions

Grille pour indication des progressions

Le schéma du récit est un symbole présentant la structure d’un récit. Cet outil permet de préparer la notion de dramaturgie. L’élève écrit rapidement les actions, sans faire de phrases, suivant un ordre chronologique.

La Double Molécule et le Schéma du récit sont des aides précieuses pour les élèves qui n’aiment pas écrire ou raconter. Ils sont ainsi aidés dans leur réflexion à l’aide de ces deux outils. C’est un travail primordial qui ne peut ni abandonné, ni négligé, ni restreint.

Les individus et leurs interaction plus que les processus et les outils

Lorsque les élèves viennent en classe la veille de l’écriture de leur récit, ils ont complété leurs deux outils. C’est à partir d’eux que la préparation en groupe va pouvoir se construire, sachant que les élèves ne vont pas tous travailler sur le même récit. C’est la raison pour laquelle ils ne peuvent pas se comparer, mais apprécier les récits des autres.

Je divise l’heure de préparation en deux parties.

La première partie, environ 20 minutes, est divisée en deux phases. Les élèves travaillent en binôme. Pendant la première phase, ils échangent leur Double Molécule et leur  Schéma du récit. L’élève se retrouve ainsi avec la préparation du récit du voisin.

L’adaptation au changement plus que le suivi d’un plan

Avec cette préparation, écrite sans aucune phrase, l’élève doit alors raconter l’histoire de son voisin, qui l’écoute avec attention. Chaque élève découvre ainsi sa propre histoire mais proposée avec des variations et des nouveautés. Chacun a bien sûr le droit d’ajouter ou d’inventer des actions. Etre créatif, c’est apprendre à produire des hypothèses et des alternatives.

Lorsque les deux élèves ont raconté l’histoire préparé par leur voisin, ils récupèrent leur préparation personnelle et peuvent alors ajouter ce qui a été inventé par l’autre élève. Cette collaboration, ou co-construction, permet un travail en expression orale particulièrement complet et efficace.

Savoir s'écouter

Savoir s’écouter

Pendant la seconde phase, chaque élève raconte sa propre histoire à son voisin ; celui-ci peut également l’interrompre pour lui indiquer qu’il ne comprend pas, ou qu’il manque une information.

A la fin de cette première partie construite en pair-programming, les préparations sont améliorées. Le point important est que chacun ait aidé l’autre, avec respect et courage. Ils sont ainsi tous co-responsables de la réussite de la future rédaction qu’ils me rendront. Rédaction que je prendrai plaisir à lire, à noter, et à commenter d’une appréciation toujours positive.

Savoir raconter

Savoir raconter

La collaboration formateur-apprenant plus que des négociation complexes

Mon travail consiste à passer de groupe en groupe, d’écouter les histoires et de participer aux discussions.

Lorsque j’ai un peu plus de temps en fin d’année, les élèves travaillent cette première partie en groupe de trois. Ils ont ainsi deux aides pour l’amélioration de leur préparation.

La seconde partie est réalisée en groupe de plusieurs élèves. La classe se transforme en pentagone, au moins. Pendant la fin de l’heure, les élèves recherchent le vocabulaire des sensations et émotions qui devra être inscrit dans leur récit respectif. Les élèves sont soit regroupés au hasard, soit en fonction de leur choix de personnage.

A la fin de la préparation, ils ont appris à coopérer, collaborer, expliquer, argumenter. Ils ont découvert de nouvelles idées, de nouvelles manières d’employer des informations, de nouvelles façons de construire un récit.

Le cours suivant, dans la journée ou le lendemain, est consacré à l’écriture, en utilisant la préparation complète. Et seulement cette préparation. En effet, les élèves ne peuvent venir avec un texte déjà écrit qu’ils pourraient recopier. Un seul élève a essayé de recopier en cachette le texte écrit par sa maman.

Pour percevoir une progression sur les différents critères, la grille d’évaluation et de notation est toujours la même tout au long de l’année.

Critères d'évaluation et de notation

Critères d’évaluation et de notation

Il ne me reste plus qu’à lire 25 récit différents, toujours émerveillé et enthousiaste par la découverte ce ces textes uniques d’enfants de 12 à 15 ans. Je garde à l’esprit deux informations importantes :

– ils n’ont que très peu écrit les années précédentes, avec soit aucun texte ou un seul texte soit quatre ou cinq rédactions dans l’année.

– à 12 ans, un élève ne lit et n’écrit que depuis 5 ou 6 ans. On ne peut évidemment comparer son récit avec ceux des écrivains, ni en attendre la même qualité. C’est la raison pour laquelle, quelque soit la note technique, mon commentaire sera toujours positif et bienveillant, sans aucune arrogance, afin de mettre en avant l’histoire racontée et d’encourager chaque élève dans ses efforts pour m’étonner en tant que lecteur.

De nouveaux sujets pour 2015-2016

Pour septembre 2015, j’ai modifié l’ensemble des sujets d’imagination.

Deux raisons : l’envie de lire de nouveaux récits et permettre aux élèves qui risquent de m’avoir une seconde fois de ne pas retrouver les sujets qu’ils ont déjà faits.

sujets d'imagination

sujets d’imagination

Enfin, je vais essayer, sur les trois niveaux, 5ème, 4ème et 3ème, un sujet de réflexion par mois, avec 15 sujets incitatifs au choix.

sujets de réflexion

sujets de réflexion

En fin d’année les élèves auront ainsi préparé et écrit entre 17 et 20 rédactions.

Dans cet environnement créatif, chaque élève attend et exige de ma part que je distingue et révèle ses réussites les plus minimes, malgré le poids de toutes ses erreurs.

Je ne peux pas faire moins.